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Les aliments autorisés et interdits pour une poule

La plupart des listes qui circulent recopient des interdictions sans jamais dire pourquoi, ce qui les rend impossibles à hiérarchiser. Celle-ci donne pour chaque aliment la molécule en cause et la dose qui compte, parce que la différence entre un vrai poison et un aliment simplement peu intéressant n'est pas mince.

Mis à jour le

56Aliments
répertoriés
21Sans réserve
15Avec modération
20À écarter

Avant la liste : la règle qui rend tout le reste secondaire

Tout ce qui suit ne concerne que 10 % de la ration au maximum. Les 90 % restants doivent être un aliment complet pondeuse, qui apporte les 16 à 18 % de protéines, le calcium et surtout la vitamine D3 sans laquelle ce calcium n'est pas absorbé. Une poule nourrie aux épluchures et au pain, même avec les meilleures intentions, développera en deux mois des coquilles fines et une ponte irrégulière.

Autrement dit : la question « puis-je donner ceci » importe beaucoup moins que la question « qu'est-ce qui constitue la base ». Le détail est sur la page nourrir ses poules.

Le répertoire

Filtrez par verdict ou par famille. Chaque ligne indique la raison précise, ce qui permet de distinguer un interdit absolu comme l'avocat d'un simple manque d'intérêt comme les agrumes.

Les 10 % de compléments autorisés à côté de l'aliment complet.
AlimentVerdictPourquoi
Salade, laitue, mâche
Légumes
Sans réserve Très appréciée et sans risque. Suspendue en trognon, elle occupe un groupe une heure.
Épluchures de carotte
Légumes
Sans réserve Le bêta-carotène intensifie la couleur du jaune d'oeuf. Cru ou cuit.
Courgette, concombre
Légumes
Sans réserve Beaucoup d'eau, utile par forte chaleur. À couper en deux.
Courge, potiron, citrouille
Légumes
Sans réserve Chair et graines. Les graines contiennent de la cucurbitacine, sans effet vermifuge démontré malgré ce qu'on lit souvent.
Chou, brocoli, chou-fleur
Légumes
Avec modération Sans danger, mais un excès de crucifères peut donner un goût soufré aux oeufs.
Épinard, oseille, blette
Légumes
Avec modération Riches en oxalates, qui se lient au calcium et en réduisent l'absorption. Occasionnellement, pas quotidiennement.
Betterave cuite
Légumes
Avec modération Sans risque, mais colore les fientes en rouge, ce qui inquiète inutilement.
Petits pois, haricots verts cuits
Légumes
Sans réserve Bonne source de protéines végétales. Cuits uniquement.
Maïs doux
Légumes
Sans réserve Très apprécié. Énergétique, donc à doser chez des poules qui ne pondent plus.
Poireau, céleri
Légumes
Avec modération Fibreux et peu appréciés. Sans danger, mais souvent délaissés.
Pomme, poire
Fruits
Sans réserve Sans les pépins en grande quantité : ils contiennent de l'amygdaline, précurseur de cyanure. Quelques pépins ne posent aucun problème.
Melon, pastèque
Fruits
Sans réserve Chair et écorce. Excellent apport d'eau en été.
Raisin
Fruits
Sans réserve Très apprécié. Coupé en deux pour les naines, qui s'étouffent facilement.
Fraise, framboise, mûre
Fruits
Sans réserve Sans réserve. Les poules dévalisent un carré de fraisiers en une matinée.
Banane et sa peau
Fruits
Sans réserve La peau doit être coupée en morceaux, sinon elle reste sur place. Préférez du bio, la peau concentre les traitements.
Prune, cerise, pêche, abricot
Fruits
Sans réserve Sans les noyaux, qui contiennent de l'amygdaline et présentent un risque d'occlusion.
Agrumes
Fruits
Avec modération Ni toxiques ni dangereux, contrairement à ce qui circule. Simplement peu appréciés : l'acidité les rebute.
Tomate mûre
Fruits
Sans réserve Le fruit mûr ne pose aucun problème. Ce sont les feuilles, les tiges et les fruits verts qui contiennent de la solanine.
Avocat
Fruits
À écarter Persine, présente dans la peau, le noyau et à moindre degré la chair. Toxique pour le muscle cardiaque des oiseaux. Un des rares interdits absolus.
Riz et pâtes cuits, sans sel
Cuisine
Sans réserve Bien acceptés. Uniquement cuits : le riz cru gonfle dans le jabot.
Pain sec, sans sel
Cuisine
Avec modération Amidon pauvre, souvent salé. Une poignée occasionnelle, jamais une distribution quotidienne.
Pain moisi
Cuisine
À écarter Les moisissures produisent des mycotoxines, dont l'aflatoxine, hépatotoxique à très faible dose. Aucun aliment moisi, jamais.
Légumes cuits sans sel
Cuisine
Sans réserve Le meilleur usage des restes. Sans matière grasse ni assaisonnement.
Yaourt nature
Cuisine
Avec modération Bien toléré en petite quantité malgré l'absence de lactase, car la fermentation a déjà dégradé le lactose.
Lait, crème
Cuisine
À écarter La poule ne produit pas de lactase. Diarrhée assurée au-delà de quelques cuillères.
Fromage
Cuisine
Avec modération Petites quantités et fromages peu salés seulement. Bonne source de calcium et de protéines.
Charcuterie, plats salés, chips
Cuisine
À écarter Le sodium est mal éliminé par le rein de la poule. Un excès chronique provoque une néphrite et une soif intense.
Viande et poisson
Cuisine
À écarter Les restes contenant de la viande ou du poisson sont le principal vecteur de maladies que vise l'interdiction européenne des déchets de cuisine en alimentation animale.
Aliments frits, gras cuits
Cuisine
À écarter Les graisses cuites et les huiles rances abîment le foie. La stéatose hépatique est fréquente chez les poules de jardin trop gâtées.
Chocolat, cacao
Cuisine
À écarter Théobromine et caféine, toutes deux cardiotoxiques pour l'oiseau. Le chocolat noir est le plus concentré.
Café, marc de café, thé
Cuisine
À écarter Caféine et théine, mêmes effets cardiaques. Le marc n'a aucun intérêt nutritionnel pour elles.
Alcool
Cuisine
À écarter Le foie de la poule ne le métabolise pas. Cela inclut les fruits très fermentés ramassés au sol en fin d'été.
Sucre, confiserie, pâtisserie
Cuisine
À écarter Aucun besoin physiologique, et un apport calorique qui déséquilibre la ration.
Blé
Céréales
Avec modération La céréale la mieux acceptée, mais 10 % de protéines seulement. Complément, jamais base.
Maïs concassé
Céréales
Avec modération Énergétique et digéré lentement : sa place est le soir en hiver. Engraisse vite le reste de l'année.
Avoine, flocons d'avoine
Céréales
Sans réserve Bien tolérée, un peu plus riche en protéines que le blé. Les flocons passent mieux que le grain entier.
Orge
Céréales
Avec modération Correcte mais moins appétente, souvent triée et laissée dans la mangeoire.
Graines de tournesol
Céréales
Avec modération Riches en lipides et très appréciées. Utiles pendant la mue, à limiter le reste de l'année.
Graines de lin
Céréales
Avec modération Enrichissent l'oeuf en oméga 3. Au-delà de 10 % de la ration, elles altèrent le goût.
Haricots secs crus
Céréales
À écarter La phytohémagglutinine des légumineuses crues est violemment toxique. Quelques haricots rouges crus peuvent tuer une poule. Cuits, aucun problème.
Soja cru
Céréales
À écarter Facteurs antitrypsiques qui bloquent la digestion des protéines. Le tourteau des aliments complets, lui, est toasté.
Larves, vers, insectes
Autres
Sans réserve L'aliment le plus naturel qui soit. Les larves séchées du commerce sont un excellent complément de mue.
Coquilles d'oeufs cuites
Autres
Sans réserve Passées au four et brisées grossièrement, pour qu'elles ne soient pas reconnaissables. Voir le risque de picage des oeufs.
Herbe fraîche coupée
Jardin
Avec modération Coupée court uniquement. Les brins longs s'enroulent dans le jabot et peuvent l'obstruer.
Ortie
Jardin
Sans réserve Séchée ou passée à l'eau bouillante. Riche en protéines, en fer et en vitamines.
Pissenlit, plantain, trèfle
Jardin
Sans réserve Les meilleures plantes de parcours. Elles font une part réelle de l'alimentation sur un pré.
Persil, basilic, menthe, origan
Jardin
Sans réserve Aromatiques bien tolérées. L'origan fait l'objet de travaux sur ses propriétés antibactériennes, sans conclusion ferme à ce jour.
Ail
Jardin
Avec modération En petite quantité. Les vertus vermifuges qu'on lui prête ne sont pas démontrées ; à forte dose, il donne un goût à l'oeuf.
Oignon cru
Jardin
À écarter Les thiosulfates provoquent une anémie hémolytique à dose importante. Le risque réel est faible, l'abstention reste la règle prudente.
Feuilles de rhubarbe
Jardin
À écarter Concentration élevée d'acide oxalique. Les tiges sont beaucoup moins concentrées, les feuilles sont à écarter.
Fanes et fruits verts de tomate
Jardin
À écarter Solanine, comme toutes les parties vertes des solanacées.
Pomme de terre verte ou germée
Jardin
À écarter Solanine, concentrée dans la peau verdie et les germes. La pomme de terre cuite et non verdie est sans danger.
Feuilles d'aubergine et de poivron
Jardin
À écarter Mêmes alcaloïdes que la tomate et la pomme de terre.
If, laurier-rose, digitale
Jardin
À écarter Trois des plantes ornementales les plus toxiques du jardin. L'if tue en quelques heures. Vérifiez ce qui pousse dans l'enclos.
Muguet, glycine, buis, ricin
Jardin
À écarter Toxiques à divers degrés. Le ricin est le plus dangereux de la liste.
Fougère aigle
Jardin
À écarter Thiaminase, qui détruit la vitamine B1. Intoxication lente et longtemps silencieuse.

56 aliments affichés.

Les cinq aliments toxiques

Sur les 20 entrées écartées, une petite minorité relève d'une toxicité aiguë documentée. Les autres sont des questions de dose ou d'équilibre. Voici ceux qui peuvent tuer.

L'avocat

MoléculeLa persine, présente surtout dans la peau et le noyau, en moindre quantité dans la chair.
EffetNécrose du muscle cardiaque et oedème. Les oiseaux y sont particulièrement sensibles, davantage que les mammifères.
DoseFaible. C'est le seul aliment courant de nos cuisines qu'il faut considérer comme un interdit absolu.

Les légumineuses crues

MoléculeLa phytohémagglutinine, particulièrement concentrée dans le haricot rouge cru.
EffetAgglutination des globules rouges, atteinte digestive sévère, mort possible en quelques heures.
DoseQuelques haricots suffisent. La cuisson détruit entièrement la toxine : cuits, ils sont sans danger.

Les moisissures

MoléculeLes mycotoxines, au premier rang desquelles l'aflatoxine produite par Aspergillus.
EffetAtteinte hépatique cumulative, chute de ponte, immunodépression. L'effet est lent et passe longtemps inaperçu.
DoseTrès faible et cumulative. Cela vaut aussi pour un sac d'aliment stocké à l'humidité : c'est la source la plus fréquente.

Les parties vertes des solanacées

MoléculeLa solanine, dans les fanes de tomate, les feuilles d'aubergine et de poivron, les pommes de terre verdies ou germées.
EffetTroubles digestifs puis nerveux. Le fruit mûr et le tubercule non verdi, eux, ne posent aucun problème.
DoseModérée. Le risque réel vient surtout d'un accès libre au potager en fin de saison.

Les ornementales du jardin

MoléculeTaxines de l'if, oléandrine du laurier-rose, digitaline de la digitale, ricine du ricin.
EffetCardiotoxicité pour les trois premières. L'if peut tuer en quelques heures, c'est la plante la plus dangereuse d'un jardin français.
DoseTrès faible pour l'if. Faites le tour de l'enclos avant d'y installer des poules, et retirez ce qui pousse à portée de bec.
Ce que dit la réglementation. Le règlement européen n° 1069/2009 interdit de nourrir des animaux d'élevage avec des déchets de cuisine et de table. Le ministère de l'Agriculture admet une exception pour le particulier qui nourrit sa propre basse-cour avec les restes de sa cuisine, pour sa consommation familiale. Les restes de viande et de poisson restent à écarter : ce sont eux qui transmettent les agents pathogènes que la règle vise.
Épluchures de légumes et restes de cuisine dans un saladier
Les épluchures de légumes sont le meilleur usage des restes. Cuits sans sel et sans matière grasse, ils entrent dans les 10 % autorisés.

Trois idées reçues qui circulent partout

« Les agrumes sont toxiques. » Faux. Ni les oranges ni les citrons ne contiennent de molécule dangereuse pour la poule. L'idée vient probablement de leur faible appétence : elles n'y touchent pas, on en déduit qu'elles savent quelque chose. Elles trouvent simplement cela acide.

« L'ail et les graines de courge vermifugent. » Ces deux remèdes reviennent constamment et aucun n'a montré d'effet suffisant sur les nématodes de la poule dans un cadre contrôlé. Ils ne remplacent pas un vermifuge quand il en faut un. Voir vermifuger ses poules.

« Le pain, c'est bien pour l'hiver. » Le pain est de l'amidon pauvre, fréquemment salé, et il remplit sans nourrir. Ce qui aide réellement une poule à passer une nuit froide, c'est une poignée de maïs concassé en fin d'après-midi, digérée lentement pendant la nuit.

Les erreurs de distribution

Questions fréquentes

Que faire si ma poule a mangé un aliment de la liste rouge ?

Retirez l'accès, laissez de l'eau propre à volonté, et observez. Dans la grande majorité des cas, la quantité ingérée est trop faible pour produire un effet. Les signes qui doivent alerter sont l'abattement, une respiration difficile, une démarche titubante ou une diarrhée persistante. En cas de suspicion d'if ou de laurier-rose, appelez un vétérinaire sans attendre les symptômes : ces deux-là ne laissent pas de marge.

Les poules savent-elles éviter ce qui est toxique ?

Partiellement, et pas assez pour qu'on s'y fie. Elles évitent spontanément beaucoup de plantes amères quand elles disposent d'un parcours varié. Mais une poule affamée dans un enclos ras mange ce qu'elle trouve, y compris des feuilles qu'elle dédaignerait ailleurs. La protection ne vient pas de leur instinct, elle vient de la variété du parcours et de la suppression des plantes dangereuses.

Peut-on donner des restes tous les jours ?

Oui, dans la limite de 10 % de la ration, ce qui représente une poignée par poule et par jour. Ce n'est pas beaucoup, et c'est précisément le point que la plupart des propriétaires sous-estiment : trois poules ne consomment pas les déchets d'une famille, elles en valorisent une petite partie.

L'alimentation change-t-elle le goût des oeufs ?

Oui, plus qu'on ne l'imagine. Un excès de crucifères donne une note soufrée, l'ail en quantité se retrouve dans le jaune, les graines de lin au-delà de 10 % de la ration modifient la texture et le goût. À l'inverse, l'herbe et les insectes d'un parcours améliorent nettement la couleur du jaune et le profil en acides gras.

Faut-il donner les aliments crus ou cuits ?

Cru par défaut, sauf pour trois familles. Les légumineuses doivent impérativement être cuites, la cuisson détruisant la phytohémagglutinine. Le riz et les pâtes aussi, parce que le grain cru gonfle dans le jabot. Et la pomme de terre, dont l'amidon cru est mal digéré. Tout le reste passe très bien cru, et conserve mieux ses vitamines.

Pour aller plus loin

Sources