La race au plumage soyeux et à la peau noire, originaire d'Asie depuis des siècles. Une poule ornementale d'exception, connue pour son comportement maternel unique.
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La poule de Soie est sans doute la race la plus reconnaissable au monde, et c'est peu de le dire. Là où la plupart des poules portent un plumage lisse et structuré, la Soie est habillée d'une matière vaporeuse qui évoque la fourrure d'un petit mammifère ou un nuage de duvet. On a presque envie de la caresser avant même de l'avoir approchée, et c'est exactement ce qui en fait l'une des poules d'ornement les plus convoitées des jardins français. Mais derrière ce physique de peluche se cache une race ancienne, codifiée par un vrai standard, dotée d'un tempérament et d'un instinct maternel qui n'appartiennent qu'à elle.
Ce qui frappe en premier, c'est donc ce plumage. Mais en y regardant de plus près, on découvre une accumulation de singularités : une peau et une chair noires, cinq doigts au lieu de quatre, des pattes emplumées, des oreillons bleu turquoise. La Soie collectionne les particularités au point qu'elle a longtemps nourri les légendes les plus folles. Voici, point par point, ce qui la rend unique et ce que cela implique concrètement quand on souhaite l'élever.
La poule de Soie nous vient d'Asie, très probablement de Chine, où sa présence est attestée depuis plus d'un millénaire. Le plus célèbre témoignage occidental remonte à Marco Polo : de retour de ses voyages au XIIIe siècle, le marchand vénitien décrit des poules « qui n'ont nulle plume mais ont poils », formule qui résume à merveille la surprise des Européens face à ce plumage déroutant. La race a ensuite cheminé vers l'ouest par la route de la soie et les comptoirs maritimes, ce qui lui a sans doute valu son nom.
Quand elle arrive vraiment en Europe, autour des XVIe et XVIIe siècles, elle fait sensation. Faute de comprendre la nature de son plumage, certains montreurs de foire la présentaient comme le fruit d'un croisement impossible entre une poule et un lapin, voire un mouton miniature. Cette aura de curiosité ne l'a jamais quittée : la Soie a toujours été élevée pour le plaisir des yeux et la compagnie, jamais pour le rendement. Elle est aujourd'hui reconnue par les standards avicoles du monde entier, l'Amérique du Nord l'ayant par exemple admise dès 1874.
Si on devait résumer la Soie en une phrase, ce serait celle-ci : c'est une poule qui ne ressemble à aucune autre, et chaque détail de sa morphologie a sa raison d'être dans le standard.
Le secret de cette texture tient à la structure même de la plume. Chez une poule classique, chaque plume possède des barbes reliées entre elles par de minuscules crochets, un peu comme une fermeture éclair, ce qui forme une surface lisse et solidaire. Chez la Soie, une mutation génétique supprime ces crochets : les barbes restent libres et flottent les unes à côté des autres. Résultat, le plumage perd toute rigidité et prend cet aspect duveteux, soyeux, presque cotonneux. C'est superbe, mais cela a une contrepartie de taille sur laquelle nous reviendrons : ce duvet ne sait pas repousser l'eau.
Autre signature spectaculaire : sous ses plumes, la Soie est noire. Sa peau, ses muscles, ses os et même ses membranes internes tirent vers un bleu-noir profond, à cause d'un excès de mélanine appelé fibromélanose. Ses crête, barbillons et face affichent eux aussi une teinte bleu-violet foncé caractéristique. C'est l'une des très rares races au monde où ce trait est inscrit dans la norme du standard plutôt que considéré comme un défaut. Que l'on se rassure : cette pigmentation est purement esthétique, elle n'altère en rien la qualité de la chair ni celle des oeufs, qui restent parfaitement clairs.
Regardez ses pattes : là où une poule ordinaire compte quatre doigts, la Soie en possède cinq, le quatrième et le cinquième étant bien séparés vers l'arrière. Cette polydactylie fait partie intégrante du standard. Les tarses sont par ailleurs gris bleuté et garnis de plumes jusqu'aux doigts extérieurs, ce qui ajoute encore à son allure de petite boule de duvet sur pattes.
La tête de la Soie mérite qu'on s'y attarde. Elle porte une petite crête arrondie, en forme de mûre, de couleur sombre, surmontée d'une jolie huppe ébouriffée qui retombe en pompon. Les oreillons sont d'un bleu turquoise étonnant. Dans les variétés dites barbues, des favoris fournis encadrent la face et masquent presque les barbillons, accentuant cet air poupin qui fait tout son charme.
Le standard reconnaît une belle palette de coloris, du plus sobre au plus rare. Voici les principaux que l'on croise en élevage.
| Coloris courants | Coloris plus recherchés |
|---|---|
| Blanc | Gris perle |
| Noir | Chocolat |
| Bleu | Coucou |
| Fauve (buff) | Perdrix (doré ou argenté) |
La Soie existe par ailleurs en deux formats. La version naine (bantam) est de loin la plus répandue en France : un coq y pèse autour de 600 g et une poule environ 500 g. Il existe aussi une version dite grande, qui reste une poule légère, avec un coq de 1,4 à 1,7 kg et une poule de 1,1 à 1,4 kg. Dans tous les cas, on reste sur une poule petite et menue, ce qui explique le poids indiqué en fiche.
S'il fallait élire la poule la plus gentille du poulailler, la Soie remporterait le titre haut la main. Son tempérament est d'un calme désarmant : elle ne fuit quasiment jamais, se laisse prendre dans les bras, caresser, et picote très rarement. Beaucoup de Soies finissent par suivre leur propriétaire dans le jardin et réclamer de l'attention. Cette douceur, combinée à sa petite taille, en fait sans doute la race la plus adaptée aux familles avec de jeunes enfants : un enfant peut la porter sans la stresser ni se faire pincer.
Ce caractère a toutefois un revers dans un poulailler mixte. Trop pacifique, la Soie se retrouve souvent au bas de la hiérarchie et peut se faire bousculer par des races plus vives et plus grandes. Sa huppe limite en outre son champ de vision, ce qui la rend plus facile à surprendre. Si vous l'intégrez à un groupe existant, surveillez qu'elle accède bien à la mangeoire et à l'abreuvoir, et évitez de la mélanger à des races réputées dominatrices.
Soyons clairs : on n'adopte pas une Soie pour remplir son panier d'oeufs. C'est une pondeuse modeste, qui donne en pratique 80 à 120 oeufs par an dans de bonnes conditions, des oeufs petits (autour de 40 g, moins encore chez la naine) et de couleur blanc crème à ivoire. La ponte ralentit nettement l'hiver et s'interrompt à chaque épisode de couvaison.
Car c'est là que la Soie révèle son vrai talent. Son instinct maternel est tout simplement exceptionnel, au point qu'elle est la couveuse de référence chez les éleveurs. Elle se met facilement à couver, tient le nid avec une obstination remarquable, puis élève ses poussins avec un dévouement rare. Mieux : elle accepte de couver des oeufs qui ne sont pas les siens, qu'il s'agisse d'oeufs de poules d'autres races, mais aussi de canes, de pintades ou de faisans. Beaucoup d'amateurs gardent ainsi une ou deux Soies comme « mères porteuses » pour faire éclore les oeufs de races qui, elles, ont perdu l'instinct de couvaison.
La couvaison dure environ 21 jours pour des oeufs de poule, et une Soie peut couver deux à trois fois par saison si on la laisse faire. Si vous ne souhaitez pas de poussins, pensez à ramasser les oeufs quotidiennement, car une Soie déterminée recommencera sans cesse.
La Soie n'est pas une poule compliquée, mais elle demande quelques attentions que les races rustiques n'exigent pas. Tout part de son plumage si particulier.
Parce que ses plumes n'ont pas de crochets, elles ne forment pas la couche imperméable qui protège les autres poules de la pluie. Une Soie laissée sous une averse se trempe jusqu'à la peau en quelques minutes et peut basculer en hypothermie, surtout par temps froid. L'humidité stagnante du sol et la boue sont tout aussi problématiques. C'est de loin le point de vigilance numéro un de cette race.
Le duvet dense de la Soie et sa huppe sont des refuges parfaits pour les parasites externes. Inspectez régulièrement la base des plumes et le dessous de la huppe pour repérer poux et acariens, qui s'installent vite dans ce manteau épais. Surveillez aussi le poulailler côté poux rouges, redoutables la nuit. Un bain de poussière à disposition, additionné de terre de diatomée, aide la poule à s'entretenir seule. Si la huppe gêne la vue, on peut la rafraîchir avec précaution. Les plumes des pattes méritent un coup d'oeil par temps humide, pour éviter qu'elles ne forment des paquets de boue.
La Soie est un choix idéal pour qui cherche une poule de compagnie plus qu'une pondeuse : familles avec enfants, retraités, débutants attentifs, ou petits jardins de ville où l'espace est compté. Sa douceur, son originalité et son faible encombrement en font une véritable mascotte de basse-cour. Elle convient aussi parfaitement à ceux qui veulent faire éclore des oeufs sans couveuse électrique, grâce à son instinct maternel.
En revanche, on la déconseille à qui vise avant tout la production d'oeufs, à qui ne peut pas garantir un abri sec et un enclos protégé, et aux terrains très humides ou exposés. Elle n'est pas non plus à sa place dans un groupe de races vives et dominatrices sans surveillance. Si ces conditions vous parlent, jetez plutôt un oeil à nos autres fiches de races pour trouver une cocotte mieux adaptée à votre situation.
La Soie reste une race accessible. Comptez environ 10 à 15 € pour un poussin, et 20 à 30 € pour une jeune poule prête à pondre, les sujets bien typés ou de coloris rares pouvant grimper au-delà. On en trouve chez les éleveurs amateurs spécialisés en races d'ornement, dans les expositions et bourses avicoles, parfois en animalerie, et de plus en plus auprès de petits élevages locaux. Privilégiez un vendeur qui vous montre les conditions d'élevage et des animaux propres, à l'oeil vif, à la huppe nette et sans parasites visibles. Pour un débutant, partir de jeunes poules déjà sevrées est plus serein que d'élever des poussins, qui demandent une éleveuse ou une lampe chauffante les premières semaines.