Elle a disparu deux fois et elle est revenue deux fois. Son histoire éclaire un paradoxe que beaucoup de gens ont du mal à accepter : pour qu'une race de terroir survive, il faut qu'on la mange.
Mis à jour le
Profil de la race, comparé aux 26 races du site
Le trait vertical marque la moyenne des 26 races du site sur chaque critère.
C'est la signature de la race et ce qui a fait sa valeur commerciale. Plumage entièrement noir aux reflets verts, pattes noires, et sous cette apparence sombre, une peau et une chair d'un blanc franc. Cette combinaison n'est pas si courante : beaucoup de races à plumage noir ont la peau grisée ou jaune, et le marché ancien recherchait précisément le contraste.
Le surnom de « Dame Noire de Touraine » vient de là, et il est resté attaché à la race jusque dans sa commercialisation actuelle. Il ne faut pas la confondre avec les races asiatiques à peau et os noirs, comme la Poule de Soie : chez la Géline, seul l'extérieur est noir.
Deux points de vérification à l'achat. Le plumage doit être d'un noir profond, sans plume blanche ni rousse, avec des reflets verts au soleil ; un reflet violacé est considéré comme un défaut. Et les pattes doivent être noires ou ardoise très foncé, jamais claires.
Le standard est arrêté au début du vingtième siècle, à partir de volailles noires locales de Touraine croisées avec du Croad Langshan. La race devient une volaille de marché réputée dans le Val de Loire, appréciée pour la finesse de sa chair.
Comme toutes les races de terroir, elle est balayée par les souches à croissance rapide. Une volaille qui demande plusieurs mois n'a plus sa place dans l'aviculture d'après-guerre. Le cheptel s'effondre jusqu'à devenir résiduel.
Des passionnés locaux repartent des quelques sujets subsistants et de références documentaires pour reconstruire le type. Travail long, base génétique étroite, mêmes difficultés que pour la Barbezieux à la même époque.
La race est relancée par une production sous signe de qualité, avec des éleveurs, un cahier des charges et un débouché commercial. C'est ce qui la maintient : une race sans usage économique repose sur quelques amateurs et peut disparaître en une génération.
Notes attribuées par nos soins sur l'ensemble des 26 races du site, à partir des standards de clubs et des retours d'éleveurs. Elles servent à comparer, pas à classer : une note basse en ponte n'est un défaut que si vous cherchez des oeufs.
Beaucoup de gens qui découvrent les races menacées ont un réflexe compréhensible : il faudrait les protéger en cessant de les consommer. C'est exactement l'inverse qui les sauve, et la Géline en est une démonstration nette.
Une race de terroir à double fin n'existe que parce que quelqu'un l'élève. Un éleveur ne maintient un cheptel de plusieurs centaines de sujets, avec la sélection et le renouvellement que cela suppose, que s'il en vit. Sans débouché, il ne reste que des amateurs avec quelques poules chacun : la base génétique se rétrécit, la consanguinité s'installe, et la race s'éteint doucement.
Le second sauvetage de la Géline ne vient donc pas d'une mise sous cloche mais d'un marché retrouvé. Le même mécanisme a sauvé la Bresse avec son appellation et soutient aujourd'hui la Barbezieux. Acheter une volaille de race, c'est financer la conservation bien plus sûrement qu'en s'en abstenant.
La Géline n'est pas une race de production et il faut le savoir avant. 120 à 150 oeufs beige clair par an, c'est modeste, et son intérêt n'est pas là.
La Géline de Touraine s'adresse à quelqu'un qui a de la place et à qui l'idée de tenir un morceau de patrimoine vivant parle autant que le panier d'oeufs. C'est une belle poule, robuste, autonome, avec une histoire qui a du sens et un cheptel qui a encore besoin d'éleveurs.
Si vous cherchez de la production, elle vous décevra : la Sussex pond deux fois plus pour un prix trois fois moindre. Et si c'est l'attachement aux races françaises qui vous motive sans que vous ayez le terrain, la Faverolles ou la Marans tiennent dans un enclos plus modeste tout en restant des races de patrimoine.
Pour son plumage entièrement noir aux reflets verts et ses pattes noires, contrastant avec une peau et une chair d'un blanc franc. Ce contraste faisait sa valeur sur les marchés du Val de Loire. Attention à ne pas la confondre avec les races asiatiques à peau et os noirs, comme la Poule de Soie : chez la Géline, seul l'extérieur est sombre.
120 à 150 oeufs beige clair par an, d'environ 55 g. C'est modeste, car c'est une race à double fin sélectionnée sur la finesse de sa chair. Pour un panier bien rempli, une Sussex ou une Australorp pondent deux fois plus.
Elle a été sauvée deux fois : reconstituée dans les années 1980 après une quasi-disparition d'après-guerre, puis relancée par une filière sous signe de qualité. Son cheptel reste limité et dépend d'un réseau d'éleveurs. C'est précisément ce débouché commercial qui la maintient : une race de terroir sans usage économique repose sur quelques amateurs et s'éteint doucement.
Moyennement. C'est une poule active qui a besoin de parcourir : comptez au moins six mètres carrés de parcours par sujet, avec de l'herbe. Dans un enclos réduit, elle s'agite et le picage peut s'installer. Pour un petit espace, orientez-vous vers une Pékin naine ou une Orpington.
Chez les éleveurs de race, via les clubs avicoles départementaux et les bourses aux volailles. Elle est absente des jardineries. Comptez 20 à 50 € pour une poulette. Vérifiez le plumage, qui doit être d'un noir profond à reflets verts sans plume claire, et les pattes, qui doivent être noires ou ardoise très foncé.